Jean-Louis de Barberin

comte de Reignac en Saintonge (1695)
marquis de Wartigny (1708)
marquis de Reignac en Touraine (1710)
maréchal des camps et armées du Roi
Chevalier (1694) puis commandeur (1704) de Saint-Louis

parrain de la marquise de Prie






portrait tiré du site du château de Reignac




Armoiries du pape Urbain VIII, Maffeo Barbarini, parent de Louis, mort en 1644.
Louis de Barbarin portait les mêmes armoiries





tombeau de Louis de Barbarin dans la chapelle du château de Reignac
mausolée que fit ériger le comte de la Rivière en 1750 par le sculpteur Claude Dubois, de Dijon.

Ici repose le très haut et très puissant seigneur Louis de Barbarin, comte de Reignac, marquis de Wartigny et de Reignac sur Indre, seigneur de Chanceaux, l'Epinay, Fontenay et Amancay, maréchal de camp, commandeur de Saint-Louis, lieutenant du Roi de la Haute Touraine.
Par la brave défense qu'il fit dans Huy et Limbourg où il commandait, ainsi qu'au Coclé de Namur dont il retarda la prise par sa valeur, il mérita que le roi lui confia l'importante place du Vieux-Brissac qu'il a conservé à S.M. jusqu'à ce qu'il plût au roi de la rendre à ses ennemis par la paix. Ses talents devenus alors inutiles à sa patrie il se retira dans son château qu'il répara et amplifia, et bâtit cette chapelle où il a été inhumé le 27 juin 1719.
Ce monument à sa mémoire a été ordonné par M.M. la Vallée de Pimodan, son illustre épouse, et exécuté par les soins des comtesses de la Rivière et de Montmorency, ses filles.
RESQUIESCAT IN PACE.



Louis de Barberin (ou Barbarin) est un descendant de Guillaume de Barberin, natif de Florence, qui se réfugia en France avec Marie de Médicis à l'époque des guerres d'Italie, et vint s'établir à Confolens, dans l'Angoumois, où il acquit les terres de Ponteuil (paroisse de Saint-Maurice-des-Lions) et du Monteuil. Il se maria à Angoulème avec Anne de Sainte-Maure le 6 novembre 1454 puis avec Catherine Tison en 1467. Ayant été honoré par le roy Louis XI de lettres de nationalité en l'année 1472, par lesquelles il luy auroit accordé les prérogatives de la noblesse de notre royaume, confirmés en l'an 1515, par le roy Francois Ier. La maison de Barbarin a donné un pape, Urbain VIII, plusieurs cardinaux et un poète. Son arrière-petit-fils, Jean, écuyer, seigneur de Ponteuil, fut déclaré noble de race par Arrêt de la Cour des Aides de Paris, du 21 mars 1600, dans lequel sont visés tous les titres de sa génélogie.

Louis de Barberin, qualifié "sieur de Reignac" puis "comte de Reignac" (après 1695) prit part à toutes les affaires importantes qui marquèrent la plus brillante partie du règne du grand roi. Il fréquenta peu la Cour de Versailles, et on le vit plus souvent sur les champs de bataille et dans les villes fortes, où il gagna par son mérite le grade de Maréchal de camps.

Il entra au service comme cadet aux gardes du corps, était lieutenant au régiment de Navarre, y devint capitaine (1664), puis major (1680), lieutenant de Roi du château de Namur (1692), de Charleroy (1693), commandant à Huy (1694), brigadier d'infanterie (1er octobre 1695), maréchal de camp en 1704 et commandant du vieux Brisach, où il demeura jusqu'à la paix de 1714. Il était lieutenant de messieurs les maréchaux de France au département de Paris. Il mourut le 26 juin 1719. Il avait été reçu chevalier de Saint-Louis en 1694 et promu commandeur en 1704 (d'Hozier, tome I, p 122).

Il se trouva en 1664 à la prise de Gigery, en Afrique ; servit aux sièges de Courtray, de Bergues, d'Oudenarde et de Lille, en 1667 ; aux différents sièges de la campagne de 1672, sous le prince de Condé ; au siège de Maestricht ; puis au camp d'Utrecht, sous M. de Luxembourg, en 1673. Il servit également à la bataille de Seneff, en 1674 ; aux sièges de Dinant, de Huy et de Limbourg, en 1675 ; de Condé, de Bouchain et d'Aire, en 1676 ; de Valenciennes, de Saint-Omer, et à la bataille de Cassel, en 1677 ; aux sièges de Gand et d'Ypres, et à la bataille de Saint-Denys, près Mons, en 1678, et au combat de Minden, en A679. Nommé major de son régiment, le 22 juin 1680, il servit en cette qualité au siège de Luxembourg, en 1684 ; à la conquête du Palatinat, en 1689 ; à la bataille de Fleurus, en 1690 ; au siège de Mons, puis à l'armée de Flandre, en 1691 ; et aux sièges des ville et château de Namur, en 1692. On lui accorda la lieutenance du roi du château de cette place, par commission du 2 juillet. Il se trouva, en 1693, à la bataille de Nerwinde et au siège de Charleroy, dont on lui donna la lieutenance du roi, par commission du 16 novembre. Commandant à Huy, par commission du 14 mai 1694, et attaqué dans cette place par le prince d'Orange, il s'y défendit avec valeur et intélligence ; et lorsque toutes les défenses en furent ruinées, il obtint la plus honorable capitulation, en vertu de laquelle il se rendit à Namur. Cette place ayant été attaquée en 1695, il s'y distingua très particulièrement, repoussa et battit les ennemis dans différentes attaques ; reçut de légères blessures et mérita le grade de brigadier d'infanterie, qu'on lui accorda le 8 octobre. Il se retira à Charleroy, où il demeura jusquà la paix. Il servit à l'armée d'Allemagne en 1701 ; à l'armée de Flandre, en 1702 ; alla commander à Limbourg, par ordre du 12 décembre de cette année, et se trouva au combat d'Eckeren, en 1703. Créé maréchal-de-camp le 10 février 1704, on l'établit commandant à Traërback, qu'il défendit pendant cinq semaines avec la plus grande valeur. Le roi lui accorda, à cette considération, une place de commandeur dans l'ordre de Saint-Louis par provisions du 20 septembre, et lui donna peu de temps après le commandement du Vieux-Brisack, où il résida jusqu'à la paix de 1714 (Dictionnaire historique et biographique des généraux français volume 1).

Il avait épousé le 8 novembre 1684 à Echenay Marie Margueritte de La Vallée de Pimodan (voir registre).

Contrat de mariage : Le huitiesme novembre 1684, le mariage d'entre haut et puissant Messire Jean Louis de Barberin, chevalier, seigneur de Reignac et de Purché, du pays de Xainctonge, et de damoyselle Marie Margueritte de La Vallée de Pimodan, fille de haut et puissant seigneur Messire Charle Christophe de Pymodan, chevalier, baron d'Eschènetz et de Bois le Compte et de dame Jeanne Catherinne Mydot, ses père et merre, de la paroisse de St-Amand de la ville de Toult, par ordre et dispense de monsieur le grand vicaire de l'évesché du dit Toult et de la licence et permission du sieur curé de la dite paroisse de S'-Amand, a esté célébré en la paroisse d'Eschènetz par les solemnités requises et la bénédiction nuptiale leurs a esté donnée au dit seigneur de Reignac et à la dite damoyselle de La Vallée par moy Nicolas Royer, prestre, curé du dit Eschènetz, en présence du dit seigneur de La Vallée Pymodan et de la dite dame Midot, son espouse, et en présence de Messire François de Barberin, chevalier, seigneur de Mossant, frère du dit seigneur de Reignac, assistant au dit mariage tant de son chef que comme pour et au nom des frères, soeurs, oncles et cousins germains du dit seigneur de Reignac, selon leur procuration et pouvoir que ledit seigneur de Mossant a dit avoir mis es mains du notaire qui a passé le dit contrat de mariage, et en présence aussy de Messire Nicolas François et Louis et damoyselle Élizabeth Charlotte de La Vallée Pymodan, frères et soeurs de la dite damoyselle espouse, et de maistre Claude Prévost, prestre, prieur de Gumond, curé de Burre, maistre Estienne Damery, aussy prestre au dioceze de Toult, et de plusieurs autres assistans soubsignés avec les dites parties conjointes. Et est demeurée la dite licence es mains de moy curé susdit pour estre jointe à la minutte du présent registre. (Signé :) Reignac. Marie Marguerite de Pymodan. Lavallée Pymodan. Jeanne Catherine Midot. Le chevalier de Mossant. Charlotte de Lavallée Pymodan. Nicolas François de la Vallée d'Eschènetz. Prévost. Damery. N. Royer, curé d'Eschènetz.


acte mariage

Registre des BMS d'Echenay (52)





Charles Christophe de la Vallée de Pimodan, baron d'Eschènetz et de Bois-le-comte,
bailli d'épé de la ville et gouvernement de Toul, beau-père de Louis
-tiré du site Roglo-


De son mariage il aura deux filles : Julie-Céleste, mariée à Charles-Yves-Thibault, comte de la Rivière, et Marie-Louise-Angélique, mariée à Charles-François de Campet et en secondes noces au comte de Montmorency-Laval.

Le 20 novembre suivant, il est parrain d'Anne de Biaudos de Castéja, cousine germaine de son épouse.



acte naissance

Registre des baptêmes



Par lettres patentes de juin 1695 sa terre de Reignac (en Saintonge) est érigée en comté.

Le 28 mars 1707 il achète pour 221 000 livres la baronnie du Fau qui comprenait 3 châtellenies (le Fau, l'Epinay et Chanceaux). Par sentence rendue aux requêtes du Palais le 2 avril 1708 moyennant le prix de 49 000 livres le marquisat de Wartigny, saisi sur César de Brouilly, est adjugé à Louis Barbarin. Il fait l'acquisition de la châtellenie d'Armancay en 1710 pour 20 000 livres. Le prix est faible mais le domaine est en ruine et les créanciers se montrent pressants. Il obtint en mars de la même année des lettres patentes (voir ici) qui érigeaient sa baronnie du Fau en marquisat, et lui donnaient le nom de Reignac-sur-Indre. Par acte du 4 octobre 1710 il acheta les terres du Breuil, la Mairie de Morignan et les domaines de Montifray et de la Chauvellière.




château de Reignac-sur-Indre
Louis ajoute une aile au château et fait construire l'église
Reignac fera partie de l'héritage de Lafayette, descendant de Barbarin par sa mère

Par lettres patentes du 9 janvier 1713, il fut pourvu de la charge de lieutenant du roi au gouvernement de Touraine. Voici le texte de ces lettres :

« Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut. Les bons et agréables services qui nous out été rendus et que nous rend actuellement notre cher et bien amé Louis de Barberin, comte de Reignac, marquis de Wartigny et de Reignac-sur-lndre, maréchal de nos camps et armées, commandeur de notre ordre militaire de Saint-Louis, commandant pour nous au gouvernement du Vieux Brisack, dont la famille est originaire d'Italie ; Guillaume de Barberin fut le premier de ce nom qui vint s'habituer en France, sous le regne de Louis XI, d'heureuse memoire, ayant été honoré par ce roy de lettres de nationalité en l'année 1472, par lesquelles il luy auroit accordé les prérogatives de la noblesse de notre royaume, confirmés en l'an 1515, par le roy Francois Ier. Les prédecesseurs dudit comte de Reignac, descendants dudit Guillaume de Barberin, ont toujours soutenu cet honneur par leurs services et les employs qu'ils ont eu dans les armées, pendant que la branche de cette famille, demeurée en Italie, a toujours tenu un rang considérable dans l'état de Venise et dans toute l'Italie, aucun ayant occupé le Saint-Siège, et plusieurs autres ayant été dans le Sacré-Collège, qui ont donné des marques de leur zèle et affection pour le service de la France. Ledit sieur comte de Reignac, dès sa jeunesse, a marqué vouloir consacrer sa vie pour notre service, du moment qu'il a pu porter les armes; il s'est mis daus nos armées en qualité de cadet aux gardes de notre corps, dont il sortit en l'année 1872, pour commander une compagnie que nous luy aurions donnée dans le régiment de Navarre, à la tête de laquelle il a servy avec distinction jusqu'en l'année 1680, que nous le fismes major dudit régiment; en laquelle qualité il nous a donné des marques de sa valeur dans toutes les occasions qui se sont présentées, ayant eu plusieurs grandes blessures, dont l'une, au travers de la cuisse, au siège d'Ipres; il a depuis servy quatre ans major de brigade, et, en l'année 1688, nous l'aurions fait major général de notre armée, commandée par le maréchal de Boufflers; nous luy aurions ensuite confié le commandement d'un corps de troupe à Bacharac, sur le Rhin, avec lequel il assiégea et pris Saureberg, dans le pays d'Hessien, qu'il conserva jusqu'a ce que nous luy ordonnâmes de l'abandonner et pour en retirer la garnison, le canon et les munitions de guerre, nos ennemis l'ayant attaqué daus sa marche avec un corps supérieur, il ne laissa pas de les deffaire après un combat très opiniâtre; et ayant eu ordre de razer Bacharac et de se rendre auprès du maréchal de Duras en Allemagne, il y reçut un coup de mousquet sur une des brèches des murs de Heydelberg, qui luy fracassa la machoire, de laquelle blessure il n'estoit pas encore guery qu'il se rendit à notre armée de Flandre, où il reçut plusieurs grandes blessures à la bataille de Fleurus, l'une desquelles luy fracassa l'épaule; il eut un bras cassé en deux endroits et recut sept coups de sabre et fut pris prisonnier; desquelles blessures ayant esté plus de deux ans sans pouvoir guérir, et ne voulant plus qu'il servit en campagne, nous luy donnâmes la lieutenance de roy du chateau de Namur, place importante que nous venions de reduire à notre obéissance, et ensuite celle de Charleroy à la fin de la campagne de l'année 1693, et depuis ayant fait occuper la ville et chàteau d'Huy, voulant garder ce poste pour faciliter les fourages et faire subsister notre armée sur le pays ennemy pendant la campagne de l'année 1694, nous en aurions donné le commandement audit comte de Reignac, qui le conserva jusqu'au mois de septembre de la même année, que nos ennemis en ayant fait le siège avec une armée de 30,000 hommes et 113 pièces de canon, bien que ce chàteau de Huy ne fut presque pas en mesure de deffence, il ne laissa pas d'en soutenir le siège pendant neuf jours de tranchée ouverte, donnant en cette occasion toutes les marques de valeur et de bonne conduite que l'on peut désirer, et la garnison estant réduite à un tres petit nombre, manquant d'eau, les murailles dudit chateau estant entierement ruinées, il n'aurait pas laissé de s'y faire donner une capitulation tres honnorable estant sorty de ladite place par une des brèches avec toutes les marques d'honneur qui peuvent s'accorder; CE qui nous anrait engagé pour luy donner un témoignage de notre satisfaction de lui accorder, au mois de juin 1695, nos lettres patentes d'érection de sa terre de Reignac, située en notre province de Saintonge, en titre et dignité de comté avec concession de quatre foires l'année et d'un marché par semaine; un mois apres luy avoir accordé cette grâce, luy ayant donné ordre d'entrer dans Namur pour seconder le marechal de Boufflers dans cette place que nos ennemis avoient investie pour en faire le siège, ledit comte de Reignac traversa leur armée, essuya plusieurs dangers et s'y introduisit avant que la tranchée fut ouverte; ll y servit avec tant de distinction, que le marechal de Boufflers luy confia les postes les plus périlleux; ll soutint pendant seize jours les hauteurs de Quoquelet contre l'attaque de l'armée ennemie, qu'il empescha d'approcher le corps de la place sans pouvoir s'emparer de ce poste qu'apres des actions tres vives, auxquelles ils furent obliges d'employer l'élite des troupes de leur armée, dont il leur fit perdre cinq mille hommes à une d'icelle attaque, apres laquelle ayant eu ordre d'abandonner le poste, il fut mis le lendemain dans le poste de la ville qui est entre Sambre et Meuse, où il soutint quinze jours sans que les ennemis pussent la prendre, d'où le marechal de Boufflers le retira pour le mettre dans le fort d'Orange, ou les ennemis firent leur principale attaque; ils y donnerent divers assauts et furent toujours repoussés avec une valeur et une fermeté incroyable ; ledit sieur comte de Reignac fut dangereusement blessé le jour de devant la capitulation et recut des ennemis des marques d'estime qu'on ne pouvait refuser à sa valeur. Nous luy en donnâmes alors un témoignage particulier en le faisant brigadier de nos armées et il nous a continué ses services en cette qualité jusqu'à la paix de Riswick. La guerre qui a recommencé depuis nous ayant donné lieu de rappeller nos bons officiers, nous confiâmes audit sieur comte de Reignac le commandement de la province de Limbourg et de la ville qui auroit esté auparavant razée où il se retrancha avec tant de conduite qu'il s'y maintint plus de vingt mois, nonobstant les efforts que nos ennemis faisoient pour l'enlever ; pendant lequel temps il mit à contribution leur province de la Gueldre hollandoise, Juliers et Cleves, et encore plusieurs quartiers occupés par leurs troupes, prit les villes de Durem, Enrich, Aldenhoûen et Rendrack, battit plusieurs de leurs convois et brusla leurs magasins de fourrages sous le feu des places de Maestrick et de Liège ; nos ennemis, lassés des incomodilez que leur causoit ledit sieur comte de Reignac dans ce poste, résolurent de l'y attaquer et y envoyèrent 4,000 chevaux sous le commandement du prince hereditaire de Hessen-Cassel qui le fit attaquer avec 2,000 dragons à pied, que ledit sieur de Reignac ayant repoussés, les ennemis furent obligés de faire marcher toute leur armée qui estoit pres de Liège, pour en faire le siège avec cinquante pièces de canons, et la deffence vigoureuse et opiniâtre que fit ledit sieur pendant vingt-six jours de siège, empescha nos ennemis de faire des détachements qu'ils avoient projettes d'envoyer au secours de Lendau, que nous tenions assiégé, ce qui contribua à reduire la place à notre obeissance; mais ne pouvant résister plus longtemps dans un si mauvais poste que celuy de Limbourg, il fut forcé decapituler avec les conditions plus honorables pour sa garnison, qu'il n'avoit lieu d'espérer; ayant été fait prisonnier de guerre, il fut mené en Hollande. Une aussy belle deffence méritant une distinction particulière de notre part, nous l'elevasme à la dignité de maréchal de camp de nos armées et à celle de commandeur de notre ordre de Saint-Louis avec le cordon rouge et la pension de 3,000 livres qui y est attachée. Ayant dans la suite fait son échange avec un officier géneral des troupes d'Hollande, nous luy donnâmes nos ordres pour se rendre à notre armée d'Italie ; mais dans le même temps nos ennemis ayant voulu surprendre l'importante place de Brisack, nous jugeâmes convenable au bien de notre service, d'en confier le commandement audit sieur comte de Reignac, dont nous avions connu en tant d'occasions la vigilance et la capacité; et s'y estant rendu l'année 1704, il établit des contributions dans tous les pays ennemis plus loin qu'on ne pouvait l'espérer. En l'année 1705, il attaqua la ville de Walkirich à l'entrée des montagnes Noires, qu'il emporta l'épée à la main, bien qu'elle fut fortifiée, et la fit démolir. En 1706, il força les lignes des montagnes Noires, entra dans la Suabe et mit à contribution les villes d'Homeberg, Wolfach et le plat pays des environs. En 1707, il se rendit encore maitre des retranchements des montagnes Noires, prit les forts de Wangen et Holsgraben, qu'il fit démolir pendant l'année 1708; il empescha les ennemis de passer le Rhin pour faire contribuer notre province d'Alsace. En 1709, il contribua beaucoup au gain de la bataille de Rumersheim, remportée par le sieur comte du Bourg sur nos ennemis; de tous lesquels services ayant eu entière satisfaction, nous aurions, par nos lettres patentes du mois de mars 1710, creé et érigé sa terre et baronnie du Fau, située en notre province de Touraine, en litre, dignité et préeminance de marquisat et change le nom du Fau en celuy de Reignac-sur-Indre, avec établissement de foires et marchés; et estant de plus en plus satisfait des services que nous rend ledit sieur comte de Reignac, ayant même depuis peu par son expérience et vigilance empesché et fait avorter le dessein que nos ennemis avoient formé de surprendre l'importante place de Brisack, nous avons jugé ne pouvoir choisir une personne plus capable de remplir dignement une des charges de notre lieutenance dans nos provinces crées par nos edits des mois de fevrier et avril 1695. A ces causes et autres considerations à ce nous mouvans, nous aurions audit comte de Reignac donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes signées de notre main la charge de notre lieutenant dans le gouvernement de Touraine, au département des bailliages de Loches et Chinon, crée comme dit est par nos edits des mois de fevrier et avril 1692, pour en jouir aux honneurs, auctorités, prérogatives, préeminance, rang, séances, franchises et libelles y appartenant, avec plein pouvoir de représenter notre personne et commander sous notre authorité dans l'étenduë dudit bailliage de Loches et de Chinon, en l'absence du gouverneur en chef et de notre lieutenant général audit pays, contenir nos sujets en la fidélité et obeissance qu'ils nous doivent, pacifier et faire punir par nos juges ceux qui s'en trouveront autheurs et coupables, comme aussi ceux qui contreviendraient à nos édits et ordonnances, les faire garder et observer inviolablement, mander, convoquer et assembler toutes fois et quand le besoin sera les gens d'église et la noblesse, maires, jurats, consulz, échevins et habitans des villes pour leur faire entendre, enjoindre et ordonner ce qu'ils auront à faire pour notre service, empescher qu'il ne s'y fasse aucune levée de trouppes sans notre permission ou sans les commissions signées de l'un de nos secrétaires d'État, commander aux gens de guerre tant de cheval que de pied qui y seront en garnison, ordonner de la garde et conservation des places, contenir les gens de guerre en ordre et discipline militaire suivant nos ordonnances, faire chastier ceux qui commettrons quelque choses au contraire, esgalement faire et ordonner dans l'etenduë desdits baillages et en l'absence du gouverneur et notre lieutenant général ce quc nous ferions si nous y estions present en personne aux appointements de ... par chacun an, dont sera fait fond dans l'estat de nos finances de la somme de 2000 livres pour 3/4, avec faculté de pouvoir conserver ladite charge à ses enfans et heritiers sans que par sa mort autres en puissent être pourvûs, et encore que ses enfants ou heritiers ne se trouvent avoir les qualités requises, il n'y pourra estre pourvu, et lesdits enfans ou heritiers ne serons tenus de donner leur démission de ladite charge qu'apres que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément aura actuellement remboursé la finance d'icelle, et jusqu'à l'actuel remboursement sa veuve, enfans, heritiers ou successeurs jouiront de leurs gages des appoinctements, qui ne seront sujets non plus que ladite charge a aucune saisie de tous les creanciers sinon de ceux qui aurons presté lesdits deniers pour l'aquerir, le tout ainsi qu'il est plus au long porté par ledit édit. Si donnans en mandement à nos aînez et feaux conseillers les gens tenant notre cour en le parlement à Paris que ledit comte de Reignac, duquel noua sommes reservez de prendre et recevoir en nos mains le serment en tel cas requis et accoûtumé ils ayent à souffrir faire et laisser jouir et user pleinement et paisiblement de laditte charge de notre lieutenant, ensemble des honneurs, autorités, prérogatives, préeminance, rangs, séances, franchises, libertés, pouvoir, droits et appoinctemens y appartenant et à lui obeir et entendre de tous ceux et aussy qu'il appartiendra es choses fauchans et concernant ledit office; mandons en outre à nos amez et feaux conseîllers, les présidents, trésoriers de France et généraux de nos ... à Tours, que par les receveurs généraux de nos finances en ladite généralité ou autres nos comptables qu'il appartiendra ils fassent payer, bailler et delivrer comptant audit comte de Reignac, lesdits appointements dorénavant par chacun an aux termes et en la manière accoutumée à commencer du jour et datte des présentes et rapportant pour une seulle fois coppie collationnée desdites présentes avec quittance sur ce suffisante, nous voulons lesdits appointemens estre passés en la depense des comptes de ceux qui en aurons fait le payement par nos amés feaux conseillers les gens de nos comptes à Paris, ausquels mandons ainsy le faire sans difficulté, car tel est notre plaisir ; en temoin de quoy nous avons fait mettre notre scel à ces dittes présentes. Donné à Versailles le 9 janvier 1713, l'an de grace, et de notre regne le 70. Signé : Louis, et plus bas : PHÉLIPEAUX, et scellé du grand sceau de cire jaune. »