Fiacre de Biaudos

Comte de Castéja




portrait  blason

Fiacre de Biaudos, comte de Castéja, par Hyacinthe Rigault,
et ses armoiries, dont les émaux sont particuliers.



Fiacre naquit le 3 octobre 1641 au château de Castéja et fut baptisé le 13 juillet de l’année suivante, en l’église de Mezos (40), église construite par les chevaliers de Malte au XIIIè siècle, et restaurée en 1647 par son père, Jean, seigneur de Casteja, baron de Laharie et de Mezos, colonel au régiment de Poyanne. Sa mère est Arnaude Armande de Bédorède, des seigneurs de Montolieu et de la Gayrosse, en Guyenne.




 
acte de naissance

Extrait du registre des baptêmes de Mézos

Le 13 du mois de juillet 1642 a été baptisé en l’église Saint-Jean de Mezos par moi Maximilien Petit, prêtre et curé de Saint Julien en Born, Fiacre de Biodos, fils naturel et légitime de noble Jean de Biodos, écuyer, seigneur de Castéya et de Arnaude de Montolieu damoiselle conjoints et le dit Fiacre naquit le troisième du mois d’octobre de l’an mil six cent quarante un. A été son parrain Messire Fiacre Auconsul prêtre et curé de Mezos, et sa marraine Jeanne de Casteya damoiselle. Présents messire Jean de Castetja prêtre et curé du Vignacq, Messire Bernard d’Artiguenave, écuyer, Jean Dentomas juge d’Uza, aussi Jean Dentomas, lieutenant du juge au siège de Saint-Julien, César de Sainte Croix écuyer, et austres.

 



Casteja
Le château de Castéja, à Mezos
(voir ici pour plus de détails)



Dans son Histoire de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis M. d'Aspect, historiographe dudit ordre, donne ce beau résumé de la carrière de Fiacre de Biaudos, comte de Castéja : « Il servit dans le Régiment d'Infanterie d'Auvergne, et partagea la gloire de ses succès. Il se trouva à tous les sièges qu'entreprit le grand Condé, au passage du Rhin, à la bataille de Seneff où il combattit avec la plus grande valeur, à celle d'Ensheim et de Turkheim, où il mérita les éloges de M. de Turenne ; enfin à celle de Fleurus qui le couvrit de gloire. Le Roi fut témoin de sa bravoure aux sièges de Mons et de Namur, et voulut le connaître ; il était alors capitaine des Grenadiers. On le fit Major, et peu de temps après lieutenant du Roi à Furnes ; quand cette place fut rendue, on lui donna la lieutenance du Roi à l'Isle de Ré. » Le malheur est qu'en le confondant avec son frère Jean, il le qualifie gouverneur de Toul et commandeur de l'ordre à sa création, erreur qui fut reprise par plusieurs généalogistes, et même reportée sur l'acte de son second mariage ! Reçu chevalier de l’Ordre Militaire de Saint-Louis le 20 février 1702, rien n'indique qu'il en fut jamais commandeur.

Fiacre passa sa jeunesse au château de Castéja et, comme nombre de cadets de Gascogne, rarement riches, il va devoir chercher gloire et fortune dans les armées du Roi, comme le firent avant lui son frère Jean et son cousin le maréchal de Gramont. Il entra donc comme lieutenant au régiment d’Auvergne Infanterie en 1662, le colonel du régiment étant alors le comte de Moussy. L'histoire de ce régiment, que nous reprenons ici (extraits en jaune), racontée en 1850 par Louis Susane dans le volume 3 de son Histoire de l'ancienne infanterie française correspond parfaitement à ses états de service.




Etats de services
Etats de services de Fiacre
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« Ce régiment fit en 1658 sa dernière opération de la guerre contre l'Espagne, terminée par la paix des Pyrénées en novembre 1659. Il rentra alors en France et eut ses quartiers en Provence. Il partit en 1664 avec le comte de Moussy pour aller au secours de l'empereur d'Allemagne, menacé par une formidable armée turque. Le 1er août, il combattit avec la plus grande vigueur à la bataille de Saint-Gothard, où son colonel fut tué dès le commencement de l'action. Louis XIV, fier de l'honneur qu'Auvergne avait acquis aux armes françaises sur ces lointains rivages de la Raab, combla de grâces tous les officiers du régiment d'Auvergne, et accorda au lieutenant colonel, qui avait dignement commandé le régiment après la mort du comte de Moussy, une pension de 150 livres réversible sur tous ses successeurs. Le régiment fut donné au jeune comte de Sery, qui avait fait en volontaire la campagne de Hongrie, et qu'on avait été obligé d'arracher de force du champ de bataille, où il venait d'être très grièvement blessé. Revenu en France, Auvergne fut appelé, en janvier 1666, à faire partie du camp de Croissy : ce camp fut levé à cause de la mort d'Anne d'Autriche ; mais on rappela les troupes, au mois de mars, au camp de Monchy, près de Compiègnes. »

A la mort de Philippe V, roi d’Espagne, Louis XIV réclame des villes du nord-est sur les possessions d’Espagne. Ces revendications ont pour origine le mariage entre le roi de France et Marie-Thérèse, infante d’Espagne. La dot n’ayant pas été payée, en vertu du droit de dévolution, coutume ancestrale du Brabant, Louis XIV prend la tête de l’armée. La guerre de Dévolution, (1667-1668), est la première guerre de Louis XIV.


Guerre de Dévolution 1667-1668


« En 1667, Auvergne faisait partie d'une des quatre brigades que le roi conduisit en Flandre ; il se trouva ainsi au sièges de Tournai, à celui de Douai, où il releva, le 4 juillet, les Gardes Françaises, et exécuta le passage du fossé des fascines, ce qui détermina la capitulation, et au siège de Lille, où, le 20 août, il repoussa une sortie. Son colonel y fut blessé. La même année, il contribua à la défaite du général Marchin aux environs de Lille. Le siège de Lille en 1667 est la première campagne de Fiacre, citée dans ses états de services. On peut lire par ailleurs qu'il servit aux sièges de Douay, de Tournay et de Lille en 1667, fut promu capitaine par lettres de commission données par le roi le 20 novembre de cette année et obtint une compagnie qu’il commanda en Flandre où le régiment passa l'hiver. En 1668 Auvergne prit part à la conquête de la Franche-Comté. » Mais Fiacre, qui venait de se marier, n'en fut pas, ayant été compris dans la réforme de mars 1668. Louis de Joussaud prit le commandement du régiment le 1er juin 1671, et Fiacre fut replaçé à une compagnie par lettres de commission données par le roi le de 18 juin suivant.




Siege de Lille
Arrivée de Louis XIV au siège de Lille
Van der Meulen Adam Frans – musée des châteaux de Versailles et de Trianon



Guerre de Hollande 1672-1679


Fiacre fût de tous les combats de la guerre de Hollande, qui se déroula de 1672 à 1679, opposant la France et ses alliés à la quadruple alliance comprenant les Provinces-Unies, le Saint Empire, le Brandebourg et l’Espagne : « au passage du Rhin en 1672, au siége de Mastrick en 1673 en Hollande, puis à la bataille de Seneff en 1674, à celles d'Ensheim et de Mulhaufen la même année, à Turckeim où Fiacre mérita les éloges de Turenne pour s'y être distingué le 5 janvier 1675, à Altenheim et à la levée des siéges d'Haguenau et de Saverne en 1675, au combat de Kokefberg en 1676, aux siéges de Valenciennes, de Cambray et de Saint-Omer en 1677, de Gand et d'Ypres, à l'attaque des retranchemens de Seckingen, aux sieges de Kell et de Lichtemberg en 1678, au combat de Minden en 1679. »

« En 1672, Auvergne était de l'armée commandée par le roi en personne, et se trouva aux siéges d'Orsoy, de Rheinberg, de Wesel, où il emporta seul les forts de la Lippe, et d'Émerik. Il était au fameux passage du Rhin, à la prise de Doësbourg et d'Utrecht, sous le prince de Condé ; enfin au combat de Woërden, le 10 octobre. Dans cette journée, le prince d'Orange attaqua vainement le fort de Waarth, défendu par trois compagnies d'Auvergne aux ordres du capitaine Camus de Morton. Ce brave détachement repoussa trois assauts et contraignit les assaillants à se retirer avec perte de leurs meilleurs officiers et d'une frégate qui fut coulée bas. Le capitaine de Pinguis fut tué à cette mémorable affaire. A la fin de décembre, Auvergne fut de l'expédition du duc de Luxembourg, en Hollande.
En 1673, il servit sous les ordres du grand Condé et couvrit le siége de Maëstricht. En 1674, il se signala à la bataille de Séneff. L'action s'était engagée dès le matin, mais aux avant-postes seulement. Ce ne fut que vers le milieu du jour que le gros de l'infanterie entra en ligne. Dans ce moment l'ennemi occupait en force le village du Fay, qui avait une église susceptible d'une bonne défense, et un château entouré d'une forte haie avec un marais d'un côté et un bois de l'autre, où le prince d'Orange avait mis plusieurs bataillons soutenus par toute la cavalerie allemande. Le duc de Luxembourg attaqua l'ennemi du côté du bois avec Auvergne, Condé, Enghien et Conti. Un combat meurtrier s'engagea sur ce point ; la nuit ne put y mettre fin : on continua de se fusiller pendant deux heures sans résultat au clair de la lune. Chacun coucha sur le terrain qu'il avait défendu ; mais le lendemain le prince d'Orange avait disparu. Après cette sanglante bataille, Auvergne alla se refaire à Metz, qu'il quitta le 11 novembre pour se rendre à Trèves. Au mois de mai 1675, on trouve Auvergne au camp de Charleville sous le maréchal de Créqui. Lorsque Turenne eut été tué, [le 27 juillet 1675 à la bataille de Salzbach ; ndlr] il passa en Alsace, et après avoir contribué à faire lever les siéges d'Haguenau et de Saverne, il prit ses quartiers d'hiver à Colmar. Au mois de janvier 1676, il fut employé par détachements contre les Schnappans ("bandit" en français) qui désolaient les rives du Rhin et leur fit une guerre fort active. A l'ouverture de la campagne, il rallia l'armée du duc de Luxembourg et combattit à Kokersberg.
Au commencement de 1677, il passa à l'armée de Flandre. Ses grenadiers se distinguèrent à l'attaque de la contrescarpe de Valenciennes. La citadelle de Cambrai capitula le 17 avril sous ses drapeaux. Après avoir encore servi au siége de Saint-Omer, il retourna sur le Rhin et se trouva à la défaite du prince de Saxe-Eisenach et au siége de Fribourg.
Comme l'année précédente, il commença la campagne de 1678 en Flandre et prit part aux siéges de Gand et d'Ypres. Revenu sur le Rhin au mois de juin, il se trouva le 6 juillet au combat de Rheinfeld. Les grenadiers d'Auvergne, *sous les ordres du marquis de Boufflers, attaquèrent si vigoureusement les retranchements du pont avec les dragons du Roi, que l'infanterie ennemie fut obligée de se réfugier en désordre sur l'autre rive. Ils la poursuivirent dans la ville l'épée dans les reins, en passèrent une partie par les armes et forcèrent le reste à se jeter dans le Rhin. Cinq cents Impériaux périrent ce jour-là et parmi eux se trouvait le prir.ce Charles de Bade. Les trophées de la victoire furent trois pièces de canon et 800 prisonniers. Le lendemain 7 juillet, Auvergne se signalait encore à l'attaque des retranchenijnts de Seckingen. Cette laborieuse campagne se termina par les siéges de Kelh et du château de Lichtemberg. Celle de 1679, la dernière de cette guerre, vit encore les drapeaux d'Auvergne glorieusement portés à la bataille de Minden.  »




Siege de Maastricht
Louis XIV dirigeant le siège de Maastricht
Parrocel Joseph – musée des châteaux de Versailles et de Trianon



L’année suivante, au mois de mai 1680, Fiacre acquiert avec son épouse les terre et seigneurie de Sauvillers-Mongival, à 13 km de Montdidier. Mongival, ruinée par les Espagnols durant le siège de Corbie en 1636, était divisée en deux seigneuries. L'une d'elle appartenait à Antoine du Fay, qui en 1507 était seigneur d'Aubvillers, Hargicourt, Mongival, Sauvillers, et autres lieux. Il la vendit 20.000 livres à Gabriel de Béthizy, seigneur du Frétoy, qui la vendit aux Biaudos. On peut lire dans le Dictionnaire historique et archéologique de la Picardie que : « Joseph de Court de Bonvillers, seigneur de Raineval, l'a acheté 19.000 livres au début du XVIIIe siècle, pour la réunir à la châtellenie de Raineval. » Il est donc probable que Fiacre s'en défit après la mort de son épouse en 1702 et sans doute lors de son départ pour l'Ile de Ré en 1713.

Cette même année, son neveu Jean-Charles, troisième fils de son frère aîné Jean, est baptisé, avec pour parrain son oncle maternel Jean de Bédorède, dit Montolieu, gascon de Lorraine tout comme l’est devenu Jean de Biaudos qui, bien considéré de Louis XIV, est nommé gouverneur de Toul le 16 février 1682, après avoir acheté, entre autres seigneuries, la baronnie de Trévaray.

Fiacre était également au siège de la forteresse de Luxembourg, jusque là réputée imprenable, qui dura trois mois, du 28 avril au 4 juin 1684. Les troupes françaises étaient commandées par le maréchal de Créqui, le fameux Vauban dirigeait les attaques lui-même. En raison de la bravoure avec laquelle la garnison espagnole avait défendu la place, un départ honorable lui fut accordé lors de la capitulation.

« En 1683, le régiment marche au siége de Courtrai et après la prise de cette ville il y reste en garnison. En 1684, un de ses bataillons fait partie de l'armée du maréchal de Créqui qui assiége Luxembourg. Ses grenadiers se distinguent le 27 mai à l'assaut des contregardes. Le lieutenant du Clost est tué à ce siége. Le colonel de Nicolaï, les capitaines Saint-Martin, Rigal, d'Argout, trois lieutenants et l'aumônier y sont blessés.  »

Depuis le 13 mai 1685, Fiacre commandait une compagnie de grenadiers




Permission donnée en 1682
Feuille de permission datée du Quesnoy, le 13 mai 1682.
Fiacre est alors capitaine au régiment d'Auvergne.
-clisquer sur l'image pour l'agrandir-


Siege de Luxembourg
Prise de Luxembourg par le maréchal de Créquy
Van der Meulen Adam Frans – musée des châteaux de Versailles et de Trianon



Les quatre années qui suivirent furent exemptes de campagnes pour le régiment d'Auvergne et Fiacre put aspirer à un peu de tranquilité avec ses trois jeunes enfants dans la maison seigneuriale de Sauvillers-Mongival, dans la Somme (Picardie) qui était son domicile. Des actes de 1688, dans lesquels Fiacre est qualifié chevalier, seigneur de Castéja, capitaine d’une compagnie de grenadiers au régiment d’Auvergne, nous le confirment.



Siege de Luxembourg
Signatures de Fiacre de Biaudos et Jeanne-Françoise de Guillermé sur un acte de 1688



Guerre des Neuf Ans 1688-1697


La guerre de la Ligue d’Ausbourg, également appelée guerre de Neuf Ans, qui eut lieu de 1688 à 1697, opposa la France sous la monarchie absolue de Louis XIV, alliée au Danemark et à l'Empire ottoman, à une grande coalition, comptant principalement l'Angleterre sous la monarchie constitutionnelle de Guillaume III d'Angleterre, l'empereur d'Allemagne et plusieurs Électeurs, l’Espagne, les Pays-Bas, la Savoie et la Suède. Elle se plaçait dans le contexte de l'opposition entre les Bourbons et les Habsbourgs, notamment pour le contrôle de l'Espagne.

« Lorsque la guerre recommença en 1688, Auvergne se rendit au siége de Philisbourg. Le 12 octobre, à dix heures du soir, les grenadiers insultent le chemin couvert d'une redoute située à l'extrémité de la grande attaque. Ils se jettent l'épée à la main par-dessus les palissades et l'emportent après avoir tué tout ce qui était dedans. Le colonel de Nicolaï qui les commandait fut blessé à la hanche. Nicolaï fut encore blessé à la tête le surlendemain dans une nouvelle entreprise. Les capitaines de Blanzac et Esclotaire furent aussi blessés à ce siége. Le 1er novembre, après le défilé de la garnison de Philisbourg, Auvergne prit possession de la place et il y passa l'hiver. En 1689, il aidait le marquis de Boufflers à faire la conquête du Palatinat.
L'année suivante, il est à l'armée de Flandre et combat à Fleurus; il y eut deux capitaines et quatre lieutenants tués et douze autres officiers blessés dont Fiacre blessé d’un coup de feu à travers le corps le 1er juillet 1690. En 1691, il prend part au siége de Mons ; il était posté à Nimy, quartier du prince de Soubise. Après ce siége, il se rend à l'armée de la Moselle.
Au commencement de 1692, Auvergne fournit six compagnies qui formèrent le noyau du 3e bataillon de Navarre, et il fit cette campagne sur la Meuse et en Flandre. Il se trouva au siége de Namur, où le capitaine Regnault et le lieutenant Beaupuy furent blessés, et au combat de Steenkerque. Il revint ensuite sur la Moselle pour y prendre ses quartiers d'hiver ; mais en janvier 1693, il fut rappelé en Flandre pour le siége de Furnes, après lequel les deux bataillons se rendirent en Allemagne à l'armée du maréchal de Lorges(Louis de Sailly). Au mois de juillet, ses grenadiers se distinguent avec ceux de Picardie à l'attaque d'Oppenheim et à celle de Wingemberg, où après deux assauts terribles ils emportent le faubourg. Pendant ce temps là, le reste du régiment était en marche pour la frontière des Alpes ... »




Siege de Namur
Siège de Namur (Jean-Baptiste Martin)



Ici le destin de Fiacre se sépare de celui du régiment d'Auvergne. Le Roi, qui fut témoin de sa bravoure aux sièges de Mons et de Namur, voulut le connaitre. Après quoi il fut établi major de la place de Furnes le 14 octobre 1693 et obtint la lieutenance de Roi de la même ville le 19 janvier 1697. Selon l'Etat de la France dressé La lieutenance du Roi valait 600 livres et la majorité 450 livres. Il a laissé de substentiel rapports sur son administration. Il fut créé chevalier de Saint-Louis le 20 février 1702, et brigadier d’infanterie le 11 octobre 1706. Quand Furnes fut cédée aux Autrichiens en 1713, il fut nommé le 30 septembre lieutenant de Roi de l’île de Ré, où il mourut le 19 février 1721.




Furnes


Le sieur Pierre de Groote, écuyer, seigneur de Baghterhelst, échevin de la ville et châtellenie de Furnes se plaint à vous, Monsieur, que dans le mois de janvier dernier, étant à la maison de ville après y avoir eu dîné avec tout le corps du magistrat, il serait arrivé qu'il aurait joué au piquet avec le sieur de Combrugghes, seigneur de Boringhe, aussi échevin de la dite ville et châtellenie, et le dit sieur de Groote, ayant perdu quelques parties, aurait déchiré deux ou trois jeux des cartes, ce que voyant le dit sieur de Boringhe s'est levé de sa chaise disant au dit sieur de Groote : "si vous voulez déchirer les cartes, vous jouerez tout seul", à quoi aurait répondu le suppliant, au dit sieur de Boringhe : "qu'est-ce que cela vous fait, je veux les déchirer et si vous ne voulez pas jouer, je m'en soucie comme de rien, et ne semble t'il pas que ce Monsieur me fasse un grand affront de vouloir quitter le jeu, cela est plaisant", à quoi le dit sieur de Boringhe aurait répondu avec un air d'autorité : "Monsieur, je vous conseille de vous taire", à quoi le dit sieur de Groote aurait répondu qu'il se tairait lui-même et que ce n'était pas un homme comme lui qui lui imposerait silence ; sur quoi le sieur de Boringhe aurait traité le soussigné de jeunesse en réitérant encore le mot "taisez-vous ou vous vous en repentirez" en s'approchant de lui et le sieur de Groote ayant dit au sieur de Boringhe de se tenir d'autres termes ou qu'il s'en repentirait lui-même, le dit sieur de Boringhe se serait dans ce moment approché du sieur de Groote à qui il aurait donné un soufflet sur la joue droite en présence du sieur de Salomon, écuyer, seigneur la Barre, bourgmestre de la commune, qui était entre eux deux quand cela est arrivé, et comme la plus grande partie des magistrats était encore dans la chambre, le dit sieur de Groote ne se souvient pas encore qui de ces messieurs peut avoir vu le fait, mais c'est assez que le sieur de Boringhe n'en peut disconvenir pour que vous ayez la bonté, Monsieur, de vouloir me rendre justice suivant les ordonnances de Sa Majesté ; le tout s'est passé en présence de mon dit sieur de la Barre, du sieur van Houcke, bourgmestre, messieurs de Montigny, le curé, de Coxide, Van de Velde, Buelde, van der Meersh, de Nos, et plusieurs autres présents.


Furnes
Plainte du sieur de Groote, échevin de Namur, au sujet d'une querelle de jeux.
-13 février 1698-.



Furnes
Extrait de l'inventaire après décès de Jeanne-Françoise de Guillerme
-7 octobre 1702-.



Furnes
Les fortifications de Furnes, renforçées entre 1693 et 1698 (CG59)
durant la majorité puis la lieutenance du Roi de Fiacre.



Fiacre était fils de Jean, seigneur de Castéja, baron de Laharie et Mezos, colonel au régiment de Poyanne, et de Arnaude, fille de Jean de Bérorède de Poy de Montolieu.

Un contrat de mariage fut passé dans l'étude parisienne de maître Charles de Hénault, le 7 janvier 1666, entre Fiacre et la comédienne Judith de Nevers : « Furent présents en leurs personnes Fiacre de Casteja, écuyer sieur de Mesplede sous lieutenant d'une compagnie d'infanterie dans le régiment d'Auvergne demeurant en Paris rue Jean Tison paroisse St Germain L'Auxerrois, fils de défunt (Jean) de Casteja, vivant écuyer et damoiselle (Arnaude) de Montolieu jadis sa femme ses père et mère, pour lui et en son nom d'une part, et damoiselle Judith de Nevers fille majeure jouissant de ses biens et droits fille de messire Claude de Nevers écuyer seigneur du dit lieu et damoiselle Elizabeth Guyot jadis sa femme, ses père et mère, demeurante à Paris rue du Poitou, marais du Temple, paroisse Saint Gervais, pour elle et en son nom, d'autre part ...» (AN MC/ET/LXXXVII/205). Judith de Nevers était une actrice, plus tard connue sous le nom de Mademoiselle Guyot (nom de sa mère), sociétaire de Comédie Française en 1680. Dans un acte notarié du 31 décembre 1666, elle se qualifie toujours de femme de M. Casteja (Minutes de Dugal, T. I, f°205)

On peut cependant penser que le conseil de famille ne donna pas son consentement à une union jugée contraire à l'honneur de la famille (Judith était comédienne et enceinte), et qu'en conséquence la célébration du mariage "en face notre Mère Sainte Eglise" n'eut jamais lieu, puisque Fiacre épousa le 14 décembre 1667, à l'’âge de vingt six ans, au château de Villers-Tournelle près de Montdidier Jeanne de Guillermé, veuve d’'un seigneur picard, Jacques de Fransure, dont la famille possédait Villers-Tournelle dès le début du XVIe siècle, et elle-même picarde. De ce mariage, qui implanta Fiacre dans cette région, sont issus Jeanne-Françoise mariée à Jacques de Salomon, seigneur de La Lande et de Poulard, et François-César , né vers 1670, lieutenant de Maubeuge, marié le 29 décembre 1702 à Marie-Anne, fille de Just de Berwet et de Marie-Anne de Bonnin, qui continue la postérité.

Sur Judith de Nevers, voir ici.

Veuf en 1702, notre Fiacre épousa en secondes noces le 28 janvier 1717 à Saint-Martin de Ré Anne-Catherine Jahan, veuve du Sieur de Monguion, capitaine des portes de Furnes, ville où Fiacre fut lieutenant du Roi. Il s'agit de François Turmet, sieur de Montguyon en Charente-Maritime, mort en 1704, date à laquelle il fut remplacé par Joseph Savarin de Marestan par brevet du 4 juillet. Fiacre y fit la connaissance d'Anne-Catherine à une date antérieure à 1708 si l'on en croit la donation de 3.000 livres faite le 24 janvier par devant maîtres Deequel et Ollivier, notaires établis à Dunkerque, "pour des raisons particulières à lui connues" et "en considération des soins et bons services que la dite dame a rendus et rendra encore au dit seigneur". .




page1 donation 1708  
Première page de la donation de 1708



François César  Françoise
François-César et Jeanne-Françoise



 
acte de mariage

Extrait du registre des mariages de Saint-Martin-de-Ré

Le vingt-huit de Janvier j'eu aussi le contrat de mariage passé par Maitre Peneaud, Notaire et procureur de cette baronnie en datte du vingt six du dit mois ; je prêtre curé soussigné ay reçu le mutuel consentement de Mariage de Messire Fiare de Beodas [sic!], seigneur de Castejas, brigadier des armées de Sa Majesté, Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, Lieutenant du Roi en cette isle de Ré. Et Dame Anne Catherine Jehan, veuve du Sieur de Monvion, capitaine des postes de la ville de Furnes en Flandres, et en présence du sieur Anthoine Estève de Saint-Etienne, capitaine au régiment du Dauphiné.

La note, ajoutée plus tard, lui attribuant le "cordon rouge" est fondée sur une erreur de l’Histoire de l’Ordre de St Louis, reprise par plusieurs généalogistes, confondant ainsi avec son frère Jean.

 



Acte de décès
Extrait du registre des décès de Saint-Martin-de-Ré



Armorial   Armorial
Armorial écrit et dessiné par Fiacre
-cliquer sur les images pour agrandir-




- Voir lettres de Fiacre (janvier-mars 1796) aux archives de l'armée (côte 1935) [Inventaire sommaire des archives historiques : (archives anciennes) volume 2 p. 265]

Dictionnaire des acteurs : Nevers (la demoifelle Judith)-, née à Châlons-fur-Saône , féduite par un Comédien nommé Caftera , fous promefîe de mariage; celui-ci s'étant retiré fans tenir fa parole , lorfqu'il la vit grofTe ; elle prit le parti , lorsqu'elle fut délivrée, de fe rendre à Paris dans le mois de Février 1673 , & de débuter dans la Troupe du Marais , fous le nom de-Guyat-, elle y fut reçue; Guérin tVEtriché 9 qui jouoit alors dans la Troupe, lui plut, elle entretint commerce avec lui ; mais ce nouvel amant ayant ép@ufé la veuve de Molière , elle ne s'occupa plus que de fon emploi ; elle paiïà , avec une partie de fes camarades ^ fur le Théâtre de Gué-négaud, où elle fut confervée à- la réunion des deux Troupes ; elle fut congédiée en 1684., avec une penfion & l'emploi du Contrôle de la recette , aux gages de trois li- vres par jour ; elle exerça cet emploi jufqu'a» £ Juillet ifyi 3. qu'étant tombée malade pou$ s être bleflee dangereufement à la tête , fon Chirurgien l'ayant avertie qu'elle n'en reviencroit pas , fa confcience lui reprochant qu'elle avoit abufé de la confiance des Comédiens , en s appropriant une partie de l'argent qui lui avoit paiTé par les mains : elle fit un teftament en leur faveur. Après fa mort le 50 Juillet 1 69 1 , ies héritiers plaidèrent pour le faire caffer , mais inutilement ; quoique les Comédiens ne fuflent tenus à ne rien faire pour eux , la bienfaisance qui, dans toutes les occafions, leur a été naturelle, fit que dans le nombre de ceux qui les avoient attaqués en Juftice , ils firent des gratifications honnêtes à ceux qu'ils apprirent en avoir befoin.